Terres de Paris, de la matière au matériau

Exposition-expérimentation au Pavillon de l’Arsenal

Face aux montagnes de terres excavées chaque année en Ile de France – plusieurs dizaine de millions de tonnes – pour la réalisation des chantiers courants, l’agence Joly & Loiret, commissaire de l’exposition, associée au centre de recherche amàco et au laboratoire CRATerre-Ensag, a proposé au Pavillon de l’Arsenal d’expérimenter l’utilisation de cette ressource naturelle abondante pour la construction d’édifices contemporains en terre crue en zone urbaine.

 

Résumé du booklet proposé en parallèle de l’exposition : 

“La presse généraliste et spécialisée s’est récemment fait l’écho de la problématique du stockage des millions de tonnes de « rebuts de sol » issus chaque année des chantiers de la métropole parisienne, auxquels s’ajoutent, depuis mai 2016, les terres à extraire liées au creusement des 200 km du Grand Paris Express. Les enjeux et les atouts induits par ce constat permettent de penser que ce gigantesque chantier, ouvert à minima pour les vingt prochaines années, peut – et doit – offrir l’opportunité d’inventer le « levier d’un rééquilibrage » susceptible d’assurer un recyclage optimal qui valorisera ces prétendus « rebuts » extraits du sol et jusqu’à présent mis en décharge.

Paradoxalement, la terre crue est depuis plus de 10 000 ans un éco-matériau universel de construction. Un tiers de l’humanité vit aujourd’hui dans des édifices en terre, et la France regorge de patrimoines architecturaux bâtis en terre depuis des siècles et toujours habités. La France est par ailleurs reconnue internationalement comme étant, depuis trois décennies déjà, un pays moteur concernant les connaissances et les savoir-faire en matière de construction en terre crue. Recherche, enseignement et savoirs constructifs et interdisciplinaires y sont en développement continu. Depuis une dizaine d’années, la connaissance de la matière en grains et des argiles a ainsi permis des avancées scientifiques considérables, ainsi que la maîtrise de nouvelles techniques de fabrication et de mise en oeuvre. Les récentes innovations relatives à la terre allégée, aux panneaux composites de terre, aux enduits intérieurs et extérieurs, au béton d’argile coulé non stabilisé, à la technique du pisé préfabriqué ou à la terre imprimée en 3D en constituent les plus évidents jalons et les garants d’un avenir prometteur.
Comme le bois, la pierre ou les fibres végétales, la terre a aussi de formidables vertus écologiques et sociales. Elle affiche un très faible bilan en carbone ; elle est totalement biodégradable si elle n’est pas stabilisée ; elle est saine à 100 % et sans composés organiques volatiles ; elle est perspirante, régule l’humidité, la température intérieure et possède une forte inertie. La terre est surtout valorisante pour les constructeurs et offre de surprenantes qualités haptiques liées à sa matérialité.

Cet « alignement de planètes » inédit autorise à présenter, dans cette publication et l’exposition qu’elle accompagne, une expérimentation de matériaux de construction pour l’architecture à partir du réemploi d’une ressource locale et manifestement sous-employée – les « terres de Paris » et de sa région -, avec l’ambition d’en faire une nouvelle matière urbaine, à la fois innovante et durable. Cette expérimentation est un point d’étape d’une recherche en cours que nous souhaitons poursuivre en association avec les partenaires de la filière qui souhaiteront nous rejoindre. L’approche est non exhaustive. Elle a vocation à enrichir le débat de l’utilisation, en architecture, de cette matière méconnue, à tort déconsidérée car perçue comme un déchet. Une matière vertueuse et qui permet de construire, certes, mais qui offre surtout la possibilité d’incarner un rapport au monde réellement soutenable.”

 

“Terres de Paris : de la matière au matériau”, Pavillon de l’Arsenal (Paris), octobre 2016 – janvier 2017 © P-Y Brunaud

Cliquez ici pour télécharger le pdf complet