Manufacture sur Seine - Réinventer la terre Quartier de logements, bureaux et autres activités à Ivry-sur-Seine

Lauréat appel à projets international "Réinventer la Seine 2017"

« Manufacture-sur-Seine, Réinventer la terre » est une architecture manifeste en terre crue conçue avec les architectes Wang Shu et Ly Wenyu (Amateur Architecture Studio) et l’agence Lipsky+Rollet. Le projet s’inscrit dans la trame des anciens bassins de l’usine des eaux d’Ivry et surplombe un système d’espaces verts ouverts sur la Seine. Le « village » créé, en terre crue et ossatures béton et bois, est accompagné d’un « ruban » d’ateliers et de bureaux venant coiffer l’ancienne usine.

Economie circulaire
Mise en oeuvre de techniques de terre crue issue des terres de Paris
Agriculture urbaine, biodiversité
Service éco-systémique
Conception bas carbone

  • Contexte : Ivry-sur-seine
  • Condition : Appel à projets « Réinventer la seine »
  • Maîtrise d'ouvrage : Groupe Quartus / CPA CPS / Habitat et Humanisme
  • Surface : 58 150 m²
  • Budget : NC
  • Calendrier : Livraison 2024
  • Mission : Architectes coordinateurs + HQE + terre crue
  • Équipe : Amateur Architecture Studio (Wang Shu & Lu Wenyu), Lipsky + Rollet, Quartus immobilier
  • Chefs de projet : Lorenzo Fauvette (concours)
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« Faire prendre » un nouveau morceau de ville comme une greffe sur un corps vivant est l’étincelle la plus difficile à impulser pour nous, bâtisseurs de ville. Cette exigence a guidé constamment pour tendre vers ce qui donnera son âme aux lieux, dès demain puis pour longtemps :

  • La conservation de tous les éléments bâtis possibles : la Nef bien sûr mais aussi les pavillons de la rue de la baignade, les locaux de l’UPMC et le maximum de bassins intérieurs et extérieurs, autant de traces de la mémoire des lieux ;
  • L’ouverture urbaine maximale au grand paysage de la Seine ;
  • Le choix de matériaux sensibles, à même de prodiguer une lisibilité et une identité réelles, leviers d’appropriation urbaine : la terre et le bois ;
  • Le réemploi de toutes les matières inertes ou vivantes qui peuvent l’être : la terre bien sûr, mais aussi l’eau (redonnant vie aux bassins de filtration) ainsi que les matières organiques ;
  • La fabrique d’un projet-processus où l’on explore l’espace-temps du transitoire pour préfigurer les lieux de demain avec les forces vives en présence.

Insertion urbaine et paysagère : une trame verte prolongée vers le fleuve

A Ivry, le paysage urbain est historiquement pointilliste : le tissu urbain est un patchwork de formes urbaines et d’activités diverses que les développements futurs ne vont qu’accentuer. La partie orientale de la ville, coupée du centre-ville par le faisceau ferroviaire, mêle îlots d’habitations et installations industrielles aujourd’hui en mutation. Le site s’inscrit dans ce quartier en pleine mutation (ZAC Ivry Confluences) : pièce spécifique dont la fonction cruciale – assurer la filtration des eaux de la Seine pour fournir de l’eau potable aux habitants de la capitale – a conduit à construire une infrastructure lourde conçue comme une enclave stratégique protégée.

L’enjeu du projet de reconversion : reconnecter ce morceau de territoire au patchwork urbain d’Ivry pour en faire un quartier vivant tout en tirant parti de ses dispositions spécifiques existantes.  Notre proposition vise à en faire un « hyper-lieu » permettant aux habitants d’Ivry-Port, d’Ivry Confluences mais aussi du quartier du Port à l’Anglais de Vitry-sur-Seine de retrouver un contact supplémentaire avec le fleuve, en un lieu qui fut jadis synonyme de baignade. Cette jonction avec l’eau s’inscrit dans un chapelet de parcs et d’espaces verts ouverts sur les berges qui s’égrènent jusqu’à Paris et réinventent, par leur répétition, un nouveau rapport avec la Seine. La reconnexion avec le patchwork urbain existant se fait selon deux directions croisées permettant de créer :

  • L’urbanité de l’axe nord-sud du boulevard Jean-Jaurès partant de la place Gambetta ;
  • Des transversalités est-ouest en plusieurs points du site.

La transformation de la contre-allée existante en espace ouvert aux publics, au pied de la nef, après suppression de la clôture existante, permet le désenclavement du site en l’accrochant directement à l’axe public majeur de Jean Jaurès. Cette contre-allée permet d’accéder à deux grandes entrées traversantes de la nef qui donnent accès à l’intérieur du site tout en desservant les espaces aménagés de la nef. Des extensions neuves en toiture de la nef permettent la constitution d’un front urbain plus dense, mais restant assez bas afin de ne pas couper la vue vers la Seine aux nouveaux immeubles d’habitation en cours de réalisation de l’autre côté du boulevard. Ces deux interventions (transformation de la contre-allée et construction sur la nef) permettent de renforcer Jean Jaurès à la fois en matière de lisibilité et d’usages. De nouveaux liens transversaux relient le boulevard Jean Jaurès au quai Henri Pourchassé (D152) dans le sens est-ouest jusqu’à la Seine :

  • En limite nord, l’ouverture de rue transversale prévue dans le plan d’aménagement de la Ville d’Ivry crée un lien physique entre le boulevard Jean Jaurès au quai Henri Pourchassé (D152) en prolongement de la rue Emile Blin et à la jonction entre le site de l’usine des Eaux et de la zone d’activité existante rue Maurice Gunsbourg. Le profil en long de cette nouvelle voie permet un raccordement avec les voies existantes et négocie les différences de niveau par des rampes douces. Elle est bordée d’un verger qui matérialise le prolongement de la trame verte. Ce verger accueille les places de stationnement en surfaces dédiées à l’université et aux personnels du laboratoire des Eaux de Paris.
  • En limite sud du site, l’aménagement qualitatif de la rue de la baignade jusqu’à la Seine assure un deuxième prolongement de la trame verte de la ville vers le fleuve. L’aménagement du talus existant permet de loger des parkings dans un bâtiment en superstructure caché derrière une façade sur rue, surmonté d’un jardin et d’une serre en toiture.
  • Dans l’angle sud-est du site et à proximité immédiate du futur arrêt Baignade du Tzen derrière les maisons conservées, une prairie ouverte, orientée vers la Seine accueille pique-niques, jeux de balles et autres activités de farniente. Cette respiration urbaine amorce l’ouverture du paysage des berges de la Seine.

En partie médiane de la nef, des liens transversaux est-ouest établissent une porosité du site à travers le bâtiment existant. La traversée située le plus au sud se prolonge jusqu’à la prairie et possiblement au-delà jusqu’à la Seine si le ponton venait à être prolongé en dehors de l’emprise du site, grâce à une passerelle qui enjamberait le cours sud.

La Nef

La nef industrielle existante est conservée en l’état avec des interventions ponctuelles pour la rendre exploitable à des usages variés. Les fonds de bassins charbons actifs, préfiltres et dégrossisseurs sont démolis pour retrouver un sol plat et de grandes hauteurs sous-plafond destinées aux ateliers « Ici Ivry », au Collège de photographie et aux activités sportives. De part et d’autre des bassins, des ouvertures de 2 à 4m sont ménagées dans les parois afin de connecter les programmes et d’apporter de la lumière depuis la galerie en compléments d’apport zénithaux depuis le grand patio sur le toit de la Nef. La Galerie est nettoyée et révisée pour être conservée dans son usage et son aspect. Elle offre une déambulation lui permettant, telle la Galerie des Machines (à Nantes), de regarder les activités présentes dans la Nef à Rez-de-Chaussée. Cette galerie devient, par moment, lieu d’expositions. La travée des réactifs est quant à elle largement ouverte pour devenir le cœur traversant, reliant l’avenue Jean Jaurès au village. L’espace est activé par la présence d’un lieu public de restauration, d’animation et de débat « Les sources de la Nef », animé par Sinny&Ooko.

La Nef abrite :

  • Les ateliers du maker space (rez-d’avenue Jean Jaurès, zone nord) ;
  • Le collège de la photographie (rez-d’avenue d’avenue Jean Jaurès, zone centrale) ;
  • Un café tiers-lieux (rez-d’avenue d’avenue Jean Jaurès, zone centrale) ;
  • Une salle de sport et un centre de balnéothérapie (rez-d’avenue d’avenue Jean Jaurès, zone sud).

Le ruban

Il prend naissance sur la nef et décolle progressivement vers le nord pour s’enrouler autour du laboratoire et se déployer vers l’est jusqu’au cours Sud. Il construit ainsi un lien entre la ville et le fleuve, en même temps qu’il installe une skyline reconnaissable sur laquelle se découpera le village des bassins. Le ruban se développe en se maintenant à une distance minimale de 10 m de toutes les façades du bâtiment laboratoire existant lequel constitue la référence pour la composition architecturale de cette partie du site. Dans la section située au droit du laboratoire Eaux de Paris et réalisée en phase 2, le ruban s’aligne avec la hauteur du bâti existant. Dans sa partie orientale réalisée en phase 3, il s’élève jusqu’à R+5 et dépasse de 5 m au-dessus de la référence pour s’harmoniser avec les bâtiment neuf du second hôtel construit en R+9. Ce ruban offre des vues ouvertes. Au niveau du sol, il se pose entre les voies de circulation du site qu’il enjambe en une succession de ponts. Il constitue ainsi une limite claire du projet tout en renforçant la porosité recherchée à l’échelle urbaine. Le ruban accueille :

  • Des plateaux d’activités pour petites et moyennes entreprises (au-dessus de la nef, dans sa zone sud) ;
  • Des logements en co-living (au-dessus de la nef, zone sud) ;
  • Une résidence pour étudiants et chercheurs (au-dessus de la nef, zone nord) ;
  • Un hôtel (le Solar) ;
  • Des ateliers de préparation (foodlab) accessibles à RDC depuis la rue traversante nord et les bureaux connexes en mezzanine pour des entreprises de restauration (hauteur sous dalle du volume : 6,50m) ;
  • Des espaces d’activités avec ateliers accessibles à RDC depuis la rue traversante nord et les bureaux connexes en mezzanine pour d’autres entreprises ;
  • Des plateaux de bureaux dans les étages.

Le ruban est constitué d’une construction légère en bois dans sa partie reposant sur la nef, puis d’une structure mixte acier/béton avec mur manteau (ou rideau) bois, dans sa partie aérienne hors nef. Les espaces de travail aménagés sur la nef sont desservis par des circulations verticales implantées au droit des deux passages traversants, et par une rue centrale et des coursives périphériques en étage. Les espaces aménagés hors nef sont desservis par des noyaux béton traditionnels. Le toit du ruban, équipé d’une réserve d’eau à l’image d’un bac Riviera géant et recouvert d’un substrat organique drainant de 30 cm, est consacré à l’agriculture urbaine développée en champs sur les surfaces planes et en terrasses sur les surfaces inclinées. La façade sud du ruban est dotée de coursives et terrasses protégées par des plants de houblon venant coloniser les structures bois afin de créer une façade végétalisée faisant office de protection solaire dès le printemps.

Le village : des îlots d'habitation au dessus des bassins

La trame des bassins extérieurs existants génère un quartier d’habitation piéton découpé en cinq îlots composant chacun un ensemble construit au sens de la réglementation et composé de plusieurs sous-ensembles correspondants chacun à un bassin / un hall d’entrée et séparés par des venelles. Les circulations entre immeubles sont rigoureusement tracées selon les séparatifs existants entre les bassins. La composition architecturale du village marie ainsi l’échelle industrielle de l’ancienne infrastructure et l’échelle domestique d’un quartier d’habitation dense mais de faible hauteur. Depuis les pontons et les voies piétonnes, les accès aux logements se font par les halls d’entrées ou directement par des passerelles privatives. Les immeubles, d’une épaisseur d’environ 10m, sont tous traversants et ventilés naturellement en cœur d’ilot. Ils se développent à R+3 et constituent un quartier dense n’émergeant pas de la nef en altitude.  Tous les rez-de-chaussée sont calés au-dessus de + 35,22 ngf sur la plateforme haute des bassins (au-delà de la cote du PPRI). Ils bénéficient d’une hauteur sous dalle de + 3,50m de manière à héberger des ateliers/logements (type SOHO), les halls d’immeubles ou leurs programmes partagés (salles des associations et multi-usages, locaux vélos…). La densité à faible hauteur du quartier et l’activation des RDC rappelle l’ambiance des centres bourg franciliens où la vie prend place à la manière d’un village.
La placette centrale, à la croisée des axes piétons, viendra renforcer les lieux de partage ouverts aux habitants d’Ivry et d’ailleurs. De là, les matérialités contrastées de terre crue visibles sur les façades sur voie, alternent pisé – très ponctuellement, enduit de terre et brique de terre crue protégés de la pluie ou, pour les façades les plus exposées à la pluie et au vent, enduit de chaux et bois brûlé.
Pour chaque îlot, les bassins constituent un réceptacle de jardins en creux dont la profondeur varie en gradins, en fonction de l’utilisation. Des jardins rocailleux peu profonds (30 à 40 cm max.) traitant les eaux de pluie par phyto-épuration occupent les périphéries des bassins ; cette bande périphérique peu profonde permet aussi d’éviter la présence de garde-corps au droit des bords de bassins. Les accès aux logements se font alors par des « pontons » à niveau avec les rues. Des jardins humides et des bassins de rétention d’eau occupent les cœurs de bassin. Les toitures des immeubles d’habitation sont utilisées pour des jardins potagers en bacs proposés aux habitants. Des serres localisées permettent de développer des plantations sous abri.

Voies de distribution et réseau de circulations piétonnes intérieures

Le projet vise à créer un petit morceau de ville sans voiture mais parfaitement connecté aux réseaux viaires afin d’assurer tous les services nécessitant l’emploi de véhicules. La voie transversale nord et la rue de la baignade permettent aux utilisateurs et habitants de laisser leurs voitures individuelles dans les marges nord et sud du site. L’accès aux logements est cependant possible pour les déménagements et les livraisons des Soho par la voie transversale nord et la boucle du village. Les livraisons pour les ateliers installés à RDC du ruban se font par la voie transversale nord. Une portion d’allée en cul de sac dessert le laboratoire des Eaux de Paris. Les véhicules de secours peuvent accéder au ruban et au village par la voie transversale nord, ou par une rampe depuis la rue de la baignade. Une voie pompier boucle la périphérie du village et permet de secourir deux façades de chaque îlot d’habitation ainsi que la grande façade intérieure de la nef. La façade extérieure de la nef peut être défendue par la contre-allée le long du boulevard Jean Jaurès.

Matérialité et systèmes constructifs

Des millions de m3 de terres sont extraits chaque année des sous-sols franciliens lors des travaux de terrassements et d’infrastructure, notamment via le Grand Paris Express. La possibilité de les valoriser sous forme de matériaux de construction a été montré lors de l’exposition-expérimentation menée par l’agence d’architecture JOLY&LOIRET, avec l’aide du laboratoire CRAterre (membres de l’équipe) et du centre de recherche amàco.

Plusieurs familles de matériaux sont envisageables :

  • Les briques de terre crue : produites par compression ou extrusion ce procédé maitrisé est en cours de développement via des expérimentations menées en ce moment avec des financements de la Société du Grand Paris. Ces briques peuvent être utilisées en parement intérieur, cloisonnements porteurs ou non porteur ou en remplissage d’ossatures. Elles sont faciles à maçonner pour n’importe quelle entreprise de construction. Cette technique sera développée sur environ 10 à 15% des enveloppes notamment ;
  • Le pisé : cette technique, reine des dispositifs en terre crue, est de la terre compactée à l’état humide dans un coffrage conventionnel. Ce procédé bénéficie aujourd’hui de process de large préfabrication et peut être monté en gros éléments par des systèmes de levage standards. La terre devient ici un mur monolithique. Nous l’emploierons pour une petite partie des ouvrages. Ce principe développé depuis une dizaine d’années a permis de réaliser le plus grand bâtiment en terre crue d’Europe (Ricola, Herzog&De meuron architectes) ;
  • Les enduits : ils permettent une grande variété de couleurs et de textures au regard de la disponibilité des terres parisiennes. Ils sont faciles à entretenir et contribuent au confort thermique et à la régulation de l’humidité intérieure comme les autres techniques de terre crue.

A partir de ces techniques, nous avons mis au point dans le cadre du projet trois principales typologies de façades :

  • Les façades en ossature bois et terre. Ici, l’ossature bois, isolée, joue le rôle d’enveloppe thermique, par complémentarité les matériaux terre jouent le rôle de régulation des ambiances intérieures et d’inertie. Conçus sous forme d’éléments préfabriqués ces façades sont rapidement assemblées sur la structure du bâtiment réalisée en béton armé ;
  • Les façades en maçonnerie de terre cuite intérieure de remplissage isolées par l’extérieur et enduite à la terre crue. Elles seront portées par une structure en béton armé conventionnelle ;
  • Les façades en maçonnerie de pisé préfabriqué comme une solution permettant de réaliser des murs à très forte inertie et/ou à forte valeur ajoutée esthétique.

L’intelligence de ces systèmes réside dans une combinaison des éléments de structures performants en béton armé (structure type DOMINO à très faible énergie grise) avec une enveloppe bas-carbone terre crue/terre cuite ou bois / terre crue.

En complément de ces utilisations de la terre, les enveloppes des édifices du village et leurs aspects constructifs sont aussi pensés selon les orientations et les vents dominants. Au nord-ouest, les façades les plus exposées sont enduites à la chaux ou d’un bardage bois brûlé pérenne dans le temps tous comme certains intérieurs d’îlots à la manière des intérieurs de Wang Shu.

ÉLÉMENTS GRAPHIQUES

Carte de situation

Schémas d'implantation

Maquette 1/500

Coupe longitudinale

Coupe sur îlot de logements